« 𝐋𝐞𝐬 𝐁𝐨𝐮𝐜𝐡𝐞̀𝐫𝐞𝐬 » – @_sophiedemange_
𝐄𝐭 𝐬𝐢 𝐥𝐚 𝐩𝐞𝐮𝐫 𝐜𝐡𝐚𝐧𝐠𝐞𝐚𝐢𝐭 𝐞𝐧𝐟𝐢𝐧 𝐝𝐞 𝐜𝐚𝐦𝐩 ?
Longtemps que ce titre me faisait de l’œil. 𝐿𝑒𝑠 𝑏𝑜𝑢𝑐ℎ𝑒̀𝑟𝑒𝑠.
Un mot qui dérange, qui grince. Le boucher, on connaît. C’est la norme, le quotidien.
Mais les bouchères ? Voilà qui déplace immédiatement le regard.
Sophie Demange nous installe à Rouen, au cœur des petits commerces de bouche, entre le bar aux chaises en skaï fatiguées et les nouveaux bobos normands. Un décor banal, presque tranquille — en apparence.
Elles sont trois. Anne, la sérieuse. Stacey, l’extravagante. Michèle, la gouailleuse.
Trois femmes sans douceur feinte, sans politesse attendue, sans compromis. Elles reprennent la boucherie du père d’Anne, mystérieusement disparu. Elles coupent, tranchent, saignent — et surtout, elles 𝐞𝐱𝐢𝐬𝐭𝐞𝐧𝐭 𝐡𝐨𝐫𝐬 𝐝𝐞𝐬 𝐜𝐚𝐬𝐞𝐬.
« 𝐿’𝑜𝑟𝑖𝑔𝑖𝑛𝑎𝑙𝑖𝑡𝑒́ 𝑎 𝑢𝑛 𝑝𝑟𝑖𝑥 𝑠𝑜𝑐𝑖𝑎𝑙», dit le coiffeur du coin.
Tout est là. Car ces trois-là sont radicalement originales. Trop libres. Trop bruyantes. Trop visibles.
Dans ce roman il y a tout, vraiment tout ce qu’on peut attendre d’un coup de cœur, il y a la 𝐩𝐮𝐢𝐬𝐬𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐬𝐨𝐫𝐨𝐫𝐢𝐭𝐞́, les 𝐩𝐚𝐢𝐥𝐥𝐞𝐭𝐭𝐞𝐬 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐨𝐧𝐠𝐥𝐞𝐬, la 𝐧𝐨𝐢𝐫𝐜𝐞𝐮𝐫 𝐝𝐮 𝐫𝐞́𝐞𝐥, la sortie jubilatoire des stéréotypes de genres.
Et surtout : ici, 𝐥𝐞𝐬 𝐡𝐨𝐦𝐦𝐞𝐬 𝐯𝐢𝐨𝐥𝐞𝐧𝐭𝐬 𝐧𝐞 𝐬𝐨𝐧𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐞𝐱𝐜𝐮𝐬𝐞́𝐬. 𝐈𝐥𝐬 𝐬𝐨𝐧𝐭 𝐩𝐮𝐧𝐢𝐬.
Sophie Demange décrit aussi des relations qui échappent aux normes, des désirs sans honte, des zones au cœur desquelles l’identité se déploie librement. Elle parle de la coexistence des genres en chacun·e de nous, et de cette possibilité précieuse : 𝐬𝐚𝐯𝐨𝐢𝐫 𝐫𝐞𝐬𝐩𝐞𝐜𝐭𝐞𝐫 𝐭𝐨𝐮𝐭𝐞𝐬 𝐥𝐞𝐬 𝐟𝐚𝐜𝐞𝐭𝐭𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐬𝐚 𝐩𝐞𝐫𝐬𝐨𝐧𝐧𝐚𝐥𝐢𝐭𝐞́.
Ce roman est cathartique. Féministe. Sombre et joyeux à la fois. Et il nous murmure – ou crie — une idée délicieusement subversive : 𝒒𝒖𝒆 𝒔𝒆 𝒑𝒂𝒔𝒔𝒆𝒓𝒂𝒊𝒕-𝒊𝒍 𝒔𝒊 𝒍𝒆𝒔 𝒗𝒊𝒐𝒍𝒆𝒏𝒄𝒆𝒔 𝒇𝒂𝒊𝒕𝒆𝒔 𝒂𝒖𝒙 𝒇𝒆𝒎𝒎𝒆𝒔 𝒄𝒆𝒔𝒔𝒂𝒊𝒆𝒏𝒕 𝒆𝒏𝒇𝒊𝒏 𝒅’𝒆̂𝒕𝒓𝒆 𝒔𝒂𝒏𝒔 𝒄𝒐𝒏𝒔𝒆́𝒒𝒖𝒆𝒏𝒄𝒆 ?
💥 Une vraie pépite littéraire.
#LesBouchère
Cet article a été publié initialement sur mon compte Instagram.